Pour la première fois, un passionnant travail d’ethnographie musicale est consacré à l’univers de Corto Maltese. Sous toutes les latitudes, le monde entier à lire et à écouter, dans un livre-CD qui fait l’événement.
L’a-t-on assez dit, qu’il y avait une musique particulière propre aux aventures de Corto, et des échos de mélodies presque partout dans les images de Pratt… Voici enfin de quoi étayer concrètement cette assertion : sous-titrées Les musiques de Corto Maltese, les Notes de voyage que publie Casterman en cette fin d’année rassemblent pour la première fois, dans un livre-CD d’une ampleur exceptionnelle (3 CD totalisant près de 80 titres), l’ensemble de la bande-son de l’une des oeuvres majeures de la bande dessinée mondiale.
La démarche de l’album, cosigné par Alain Tercinet et François Lê Xuân, est chronologique. Adossés aux indications souvent fournies par Hugo Pratt lui-même (qu’elles soient explicites ou allusives), les deux auteurs reprennent le fil de la biographie de Corto et en exhument les ambiances musicales propres à chaque étape de son existence.
Ce qui en résulte ? Un récit tout d’abord, riche, factuel, argumenté. Nourri de multiples anecdotes tirées des aventures de Corto, il s’attarde sur les modes et traditions musicales des régions traversées par le héros de Pratt, mettant l’accent ici et là sur un musicien, un cabaret, une danse ou une curiosité sonore. En écho à cette exploration, de très nombreuses images de Pratt, planches, cases d’albums ou illustrations, viennent enrichir le voyage, sous tous les vents du monde.
Mais il ne faut pas oublier, évidemment, d’accompagner sa lecture par une immersion dans l’incroyable florilège sonore (l’époque dont on parle n’avait pas encore adopté le mot « compilation ») rassemblé sur disque pour la circonstance. Ainsi passera-t-on de la chanson gitane (l’empreinte maternelle de l’héritage familial de Corto) et des « lambeaux psalmodiés des sea shanties », mélodies sans âge issues de l’univers de son père, aux mélopées des griots et à l’énergie du ragtime en passant par les chants maoris, les airs d’opéra, l’envoûtement du tango et tant d’autres… Se promener dans l’univers musical du célèbre marin maltais, c’est s’approprier une expérience nomade singulière, qui confine à l’universel. À l’image même de la vie de Corto, que l’on dirait tissée de la matière de l’errance.