L'auteur du très mythique Maus, Art Spiegelman, fait paraître Breakdowns le 19 mars et annonce ainsi l'un des événements de la bande dessinée en 2008.
Composée de trois parties, dont la matière centrale avait déjà été éditée en 1978 aux Etats-Unis mais reste inédite en France, Breakdowns présente en quelque sorte le parcours graphique et autobiographique de l’auteur : Des années d'éveil et d'immersion dans le comics et la contre-culture américaine à la préparation de Maus, son grand oeuvre, jusqu'aux années récentes d'introspection et à une explicitation plus intellectuelle de son travail, Breakdowns se veut tout autant commentaire que portait artistique de celui qui est, peut-être, l'auteur contemporain américain le plus important. A ce titre, Breakdowns, Portrait de l’artiste en jeune !@#S%*! est donc un livre majeur.
Castermag’: Comment ce projet a-t-il vu le jour?
Art Spiegelman: Au départ, il y avait cet album de la fin des années 70, Breakdowns, qui avait été mon premier livre publié, et que je trouvais intéressant de voir reparaître. Mais je ne voulais pas que ce soit sans raison. Ressortir ce livre sans un contexte approprié me paraissait impossible. J’avais l’impression qu’il me fallait d’abord accomplir un travail de mémoire. J’ai commencé à bâtir la première partie du livre, qui se compose de planches inédites, il y a deux ans et demi.
Quel est le contenu de cette première partie?
C’est une série de souvenirs personnels qui s’entrecroisent, et qui interfèrent les uns avec les autres. J’y raconte à la fois des épisodes de ma vie familiale, et de quelle manière je me suis, très tôt, intéressé au monde des images, puis aux comics. Ces souvenirs, je ne les raconte pas de façon chronologique, mais en les juxtaposant les uns avec les autres. J’ai privilégié ce mode de narration discontinu parce que c’est aussi comme cela que la bande dessinée fonctionne.

La bande dessinée en vient à structurer toute votre vie d’alors…
Oui, les comics ont véritablement construit toute ma relation au monde. J’ai été fasciné, obsédé par la bande dessinée tout au long de cette période de ma vie. Je peux dire que tout ce que je sais me vient de la bande dessinée.
Ce qui nous amène à la seconde partie du livre, qui correspond aux années 70, et à votre entrée dans l’âge adulte…
Dès l’âge de 10 ans, j’avais acquis la certitude de vouloir devenir auteur de bande dessinée. Et à 20 ans, j’étais passé à l’acte, en commençant à produire diverses bandes dessinées expérimentales. Pour moi, qui était devenu un jeune adulte, il fallait que la bande dessinée soit plus vibrante, plus sexuelle, plus dangereuse. Cela devait pouvoir devenir un instrument qui me permettrait de naviguer à travers les océans! C’est dans cet état d’esprit que j’ai commencé à élaborer mes premières histoires courtes.

Ce sont ces histoires, rassemblées, qui constitueront finalement votre premier album publié,“Breakdowns”…
Ces histoires d’inspiration autobiographique ont initialement été publiées dans diverses revues underground ou psychédéliques, comme ZapComics, avant d’être réunies dans mon premier recueil, Breakdowns, en 1978. La première histoire date de 1971,la dernière de 1977. Le recueil – un petit tirage d’environ 4 000 exemplaires, ce qui n’était pas grand chose – en rassemblait une quinzaine.
Et c’est ce "Breakdowns" de 1978 qui reparaît finalement dans votre “Breakdowns” de 2008, en fac-similé, à la suite des planches autobiographiques consacrées à votre enfance…
Cet ouvrage n’avait jamais été réédité. En outre, malgré la modestie de son tirage, Breakdowns a été lu, et a influencé d’autres artistes de bande dessinée. La version de Breakdowns d’aujourd’hui est conforme à celle d’alors, seule l’impression est de meilleure qualité.