Sur un scénario de Yves H., Sera met en images la vie de Bram Stoker, l’auteur de Dracula. Interview.
Castermag’ : De quelle manière le projet de cet album a-t-il pris corps ?
Séra : Ma rencontre avec Yves H. en a été le déclencheur. Sans le connaître, j’avais été séduit par son travail de scénariste. L’occasion d’un contact s’est présentée, nous avons longuement discuté de nos centres d’intérêt et puis, assez rapidement, il m’a proposé de participer à la trilogie qu’il était en train d’élaborer autour de Dracula.
Etiez-vous, alors, familier de Bram Stoker et de son œuvre ?
La figure de Dracula ne m’était pas inconnue, évidemment. On n’échappe pas aux mythes contemporains… Quant à Bram Stoker lui-même, je connaissais son nom comme tout le monde, j’imagine, mais sans plus. Le portrait qu’en proposait Yves H. dans son scénario m’a accroché. D’un point de vue narratif, j’ai été touché par le parcours de cet homme, aspiré par une multitude de contraintes et qui s’efforce néanmoins de s’en échapper par l’écriture. Et d’un point de vue graphique, j’ai presque tout de suite senti que le sujet pouvait se prêter à une exploitation originale du noir et blanc, à la fois dans les matières et dans les teintes, dans le prolongement d’une technique que j’ai mise au point auparavant dans mon album « Antichambre de la nuit ».
Oui, votre choix chromatique est très personnel. C’est un quasi-noir et blanc, avec quelques rares surgissements de couleur…
Je ne voulais surtout pas m’égarer dans un simple « coloriage » de mes dessins. J’ai donc élaboré cette teinte particulière proche du noir et blanc –il s’agit en fait d’une combinaison noir/bleu-, que j’ai ensuite, selon les scènes de l’histoire, enrichie ponctuellement de jaillissements de couleur, mais très peu : un bleu, un jaune pour générer quelques points de lumière, parfois un rouge. Ce choix me paraissait être la réponse graphique adéquate à ce qui constituait, à mon sens, l’un des enjeux narratifs de l’album : mettre en lumière la part d’ombre de Bram Stoker.
Le traitement est réaliste, l’effort de documentation a du être énorme…
Effectivement, il fallait comprendre l’esthétique victorienne, être capable par exemple de savoir à quoi ressemblait une chaussure… J’ai énormément lu, regardé des films, fouillé sur le Net. C’était un processus long et difficile, mais aussi très jouissif, une découverte constante.
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