Document choc sur le quotidien des policiers dans la France d’aujourd’hui, le livre de l’ancien lieutenant de police Bénédicte Desforges, Flic, devient une bande dessinée de Séra.
Votre nouvel album est une transposition en images du livre Flic de Bénédicte Desforges. Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce document ?
SÉRA : Son honnêteté. Son exigence. D’une manière générale, j’ai besoin que les projets que je développe aient un rapport à l’éthique. Ce qui me motive dans la bande dessinée, c’est sa capacité à se frotter au réel, à restituer la dimension véritable de nos vies. J’ai retrouvé ce rapport à l’éthique dans le livre de Bénédicte, qui témoigne également d’une fibre humaine pas si courante : c’est enlevé, intéressant, émouvant – et qui plus est bien écrit.
Vous associer à un ancien officier de police, ce n’était pourtant pas un partenariat évident… Ça, c’est certain ! Moi qui avait une peur bleue des uniformes… J’ai longtemps fait partie des gens qui ressentaient une aversion spontanée pour l’uniforme sous tous ses aspects. Quand j’étais enfant, j’avais très peur des pompiers. Et plus tard, je changeais de trottoir quand j’apercevais un policier, c’était de l’ordre du réflexe. Travailler avec Bénédicte m’a permis d’apprivoiser cette crainte- là. C’était très salvateur. Et
d’autant plus surprenant pour moi que nos caractères sont très dissemblables : elle est explosive,
extravertie, gouailleuse… tout ce que je ne suis pas.
Comment votre collaboration s’est-elle organisée ?
De manière très simple : Bénédicte m’a d’emblée donné toute liberté pour travailler à ma convenance. Son livre est une suite de récits très courts, qui témoignent tous de divers aspects de son expérience dans la police, à des époques et dans des lieux différents. Pour des raisons de place, il ne m’était pas possible de mettre en images toutes ces histoires, je n’en ai donc retenu que quelques-unes, en toute subjectivité. Et j’ai choisi de me focaliser sur celles qui se déroulaient à Paris même, par souci de cohérence visuelle.
Mais, j’insiste, ce sont les mots de Bénédicte que je donne à lire ; je n’ai fait que les réagencer.
De quelle manière vous êtes-vous documenté sur le sujet ? J’avais espéré avoir un accès direct aux sources, c’est-à-dire pouvoir pénétrer dans un commissariat, mais je ne suis pas parvenu à y être autorisé. Alors, pour tout de même rester proche du sujet, pendant
presque un an j’ai photographié les policiers au travail dans la rue, au hasard de mes déambulations : un accident près de chez moi, une arrestation sur un coin de trottoir, bref un florilège des petites et grandes catastrophes du réel qui constituent l’ordinaire de la police.
Faire ce livre a-t-il fait évoluer votre regard sur les policiers ?
Oui, bien sûr. Je les voyais comme une force de répression, maintenant je suis plus sensible à l’idée d’un service rendu. Et à l’intensité de leur métier : on ne peut pas cesser d’être policier quand la journée de travail est terminée, on l’est 24 heures sur 24. Exactement comme auteur de bande dessinée.